Art-Thérapie, Blog

Art-thérapie : quand les émotions s’expriment autrement que par les mots

Séance d’art-thérapie avec peinture et matériel créatif dans une ambiance lumineuse

Et si certaines choses étaient tout simplement difficiles à dire ?

Nous connaissons tous ces moments où les mots ne viennent pas.

Une émotion est présente. Nous la ressentons. Nous savons qu’elle existe. Pourtant, lorsqu’il s’agit de l’expliquer, quelque chose nous échappe.

« Je ne sais pas comment le dire. »

Cette phrase constitue peut-être l’une des meilleures portes d’entrée pour comprendre l’art-thérapie.

Car lorsque les mots s’arrêtent, une couleur, une forme, un trait, une image ou quelques morceaux de papier assemblés peuvent parfois commencer à raconter autre chose.

Pas besoin d’être artiste.

Pas besoin de savoir dessiner.

Et surtout, pas besoin de réaliser quelque chose de beau.

En art-thérapie, la création n’est pas nécessairement une finalité. Elle devient avant tout un moyen d’expression.

Quand les mots ne suffisent plus

Nous avons appris très tôt à communiquer par la parole.

Nous expliquons ce que nous pensons, racontons ce qui nous est arrivé et essayons de mettre des mots sur ce que nous ressentons.

Mais notre monde intérieur n’est pas uniquement constitué de phrases.

Il est aussi composé de sensations, d’images, de souvenirs, de couleurs, d’associations, d’émotions et parfois de contradictions.

Imaginez que l’on vous demande :

« Comment vous sentez-vous aujourd’hui ? »

Vous pourriez répondre :

« Bien. »

Ou :

« Un peu stressé. »

Mais prenez maintenant une feuille blanche et posez-vous une autre question :

« Si mon état intérieur était une couleur, laquelle serait-elle ? »

Puis :

« Quelle forme aurait-il ? »

« Serait-il plutôt au centre de la feuille ou dans un coin ? »

« Aurait-il besoin de prendre davantage de place ou, au contraire, de s’effacer ? »

Nous ne sommes déjà plus tout à fait dans la même expérience.

La création permet parfois d’emprunter un autre chemin que celui de la réflexion habituelle.

L’art-thérapie n’est pas un cours de dessin

C’est probablement l’une des premières idées reçues à écarter.

Il n’est pas nécessaire de savoir peindre, dessiner ou maîtriser une quelconque technique artistique pour entrer dans une démarche d’art-thérapie.

Le résultat esthétique n’est pas l’objectif principal.

Une feuille recouverte de trois couleurs peut avoir énormément de sens pour celui qui l’a créée.

Ce qui importe davantage, c’est ce qui se passe pendant la création.

  • Pourquoi ai-je choisi cette couleur ?
  • Pourquoi ai-je hésité avant de tracer cette ligne ?
  • Pourquoi ai-je envie de recouvrir une partie de mon dessin ?
  • Pourquoi cette image découpée dans un magazine attire-t-elle mon attention ?

Petit à petit, la création peut devenir un support d’exploration.

Dessiner ce que l’on ne parvient pas à expliquer

Prenons un exemple simple.

Une personne traverse une période de changement.

Elle sait qu’elle doit prendre une décision, mais se sent partagée.

Une partie d’elle souhaite avancer.

Une autre semble vouloir rester là où elle se trouve.

Bien sûr, parler de cette situation peut déjà aider.

Mais il est également possible de proposer de représenter ces deux tendances sur une feuille.

D’un côté : ce qui veut avancer.

De l’autre : ce qui veut rester.

Avec des couleurs.

  • Des formes.
  • Des images.
  • Des mots, si la personne en ressent l’envie.

Puis vient le temps de l’observation.

Quelle partie occupe le plus de place ?

Sont-elles très éloignées ?

Existe-t-il un passage entre les deux ?

Une troisième possibilité apparaît-elle ?

L’intérêt n’est pas de chercher une interprétation toute faite.

Il est d’observer ce que la personne découvre elle-même au contact de sa création.

La créativité comme espace de liberté

Notre quotidien demande énormément de contrôle.

Il faut organiser.

Décider.

Anticiper.

Répondre.

Être efficace.

La création peut offrir momentanément un espace différent.

Un espace dans lequel il devient possible d’expérimenter sans nécessairement savoir où l’on va.

Choisir une couleur simplement parce qu’elle attire le regard.

Tracer une ligne sans connaître sa destination.

Coller une image parce qu’elle provoque une sensation.

Écrire quelques mots sans chercher à construire la phrase parfaite.

Pendant quelques instants, le résultat n’a plus besoin d’être performant.

Il peut simplement exister.

Et cette liberté peut parfois permettre à quelque chose de nouveau d’apparaître.

Quels outils utilise-t-on en art-thérapie ?

Les possibilités sont nombreuses.

Le dessin est probablement l’outil auquel nous pensons spontanément, mais il est loin d’être le seul.

Une séance ou un atelier peut notamment utiliser :

  • la peinture ;
  • les crayons et les pastels ;
  • le collage ;
  • les photographies et les images ;
  • l’écriture créative ;
  • les matières et les textures ;
  • la couleur ;
  • les symboles ;
  • différents supports de création.

Chaque médium possède sa propre dynamique.

Peindre avec les mains ne provoque pas nécessairement la même expérience que dessiner minutieusement au crayon.

Réaliser un collage à partir d’images existantes n’amène pas la même sensation que se retrouver face à une feuille complètement blanche.

L’accompagnant apprend donc progressivement à proposer des supports adaptés à la personne, au contexte et à l’objectif poursuivi.

Quels peuvent être les apports de l’art-thérapie ?

L’art-thérapie n’est pas une méthode miracle et elle ne remplace évidemment pas un suivi médical ou psychologique lorsque celui-ci est nécessaire.

Elle peut cependant constituer une approche complémentaire intéressante pour favoriser l’expression, l’exploration personnelle et la créativité.

Selon les situations, elle peut notamment permettre de :

  • faciliter l’expression de certaines émotions ;
  • prendre du recul sur une situation ;
  • explorer une problématique sous un angle différent ;
  • stimuler la créativité ;
  • renforcer la connaissance de soi ;
  • créer un espace personnel d’expression ;
  • accompagner certaines périodes de changement ou de questionnement.

L’important reste toujours de considérer la personne dans sa globalité et de respecter le cadre dans lequel l’accompagnement est proposé.

Et si notre manière de créer disait aussi quelque chose de nous ?

La création peut également nous confronter à notre propre fonctionnement.

Certaines personnes veulent immédiatement bien faire.

D’autres hésitent longtemps avant de commencer.

Certaines remplissent presque toute la feuille.

D’autres n’osent utiliser qu’un tout petit espace.

Certaines changent constamment d’idée.

D’autres veulent tout contrôler avant de poser le premier trait.

Et une question peut alors surgir :

« Est-ce que je fonctionne parfois de la même manière dans ma vie ? »

La création devient ainsi une sorte de miroir.

Pas un miroir qui donnerait une vérité définitive sur la personne.

Plutôt un miroir qui permet de s’observer autrement.

Accompagner sans interpréter à la place de l’autre

C’est un principe fondamental.

Voir un dessin et décider immédiatement de ce qu’il signifie serait extrêmement réducteur.

« Vous avez utilisé du noir, donc vous êtes triste. »

« Vous avez dessiné un arbre, cela représente nécessairement votre famille. »

Ce type d’interprétation risque surtout de projeter les croyances de l’accompagnant sur la personne.

Une autre posture consiste à questionner.

« Que représente cette couleur pour vous ? »

« Qu’est-ce qui attire votre attention lorsque vous regardez votre création ? »

« Si cette partie pouvait parler, que dirait-elle ? »

« Qu’aimeriez-vous modifier dans cette image ? »

L’accompagnant ne cherche alors pas à imposer une signification.

Il aide la personne à découvrir la sienne.

De la découverte personnelle à l’accompagnement des autres

C’est aussi pour cette raison qu’une formation en art-thérapie ne peut pas se limiter à apprendre une succession d’exercices.

Avant de proposer un outil à quelqu’un, il est précieux de pouvoir l’expérimenter soi-même.

Ressentir ce que provoque une feuille blanche.

Observer son envie de réussir.

Découvrir ses résistances.

Se laisser surprendre par une couleur ou une image.

Puis vient progressivement l’apprentissage de la posture d’accompagnement.

  • Comment construire une séance ?
  • Quel outil proposer ?
  • Comment adapter une activité à la personne ou au groupe ?
  • Comment poser des questions sans orienter les réponses ?
  • Comment offrir un cadre suffisamment sécurisant pour permettre l’expression ?

C’est là que l’activité créative devient véritablement un outil d’accompagnement.

Se former à l’art-thérapie au Luxembourg

FETA organise à Troine, dans la commune de Wincrange au Luxembourg, une formation de praticien en art-thérapie.

Le prochain cursus débute le 12 octobre 2026.

La formation se déroule sur 7 journées réparties sur 6 mois, pour un total de 50 heures.

Elle permet d’explorer différentes formes de création telles que la peinture, le dessin, le collage, l’écriture et d’autres supports créatifs.

Une attention particulière est également accordée à la construction d’une séance individuelle ou d’un atelier collectif ainsi qu’à la posture de l’accompagnant.

L’objectif n’est donc pas simplement d’apprendre des exercices.

Il s’agit progressivement de comprendre comment utiliser la créativité pour ouvrir un espace différent, dans lequel une personne peut parfois exprimer autrement ce qu’elle ne parvient pas encore à formuler avec des mots.

Et si vous essayiez maintenant ?

Prenez simplement une feuille.

Choisissez trois couleurs.

Puis posez-vous cette question :

« Si je devais représenter mon état intérieur aujourd’hui uniquement avec ces trois couleurs, à quoi ressemblerait ma feuille ? »

  • Ne cherchez pas immédiatement à comprendre.
  • Ne cherchez pas non plus à faire quelque chose de beau.

Observez simplement ce qui apparaît.

Car parfois, avant de pouvoir mettre des mots sur ce que nous ressentons, nous avons peut-être besoin de commencer par lui donner une forme.